Alléluia!

ALLÉLUIA ! CHRIST EST RESSUSCITÉ !

 

Frères et sœurs, nous venons de vivre en France un évènement étrange. D’une certaine manière, c’est notre pays tout entier qui, par la grâce de Notre Dame, est entré dans les trois jours les plus saints de la liturgie chrétienne. Notre nation a vu en effet la cathédrale de Paris subir les assauts des flammes. Elle a vu sa flèche s’écrouler comme le signal douloureux d’une mise à mort. Elle a pleuré devant son corps défiguré. Le second jour, elle est restée comme suspendue entre la tristesse de l’anéantissement et l’espérance d’un salut encore possible. Le troisième jour, elle a entendu l’annonce d’une renaissance à venir. Notre Dame rejaillirait de ces cendres.

Nous n’aurons pas fini de décrypter les signes et l’ampleur de ce qui s’est joué dans notre pays en cette semaine sainte. Tant de symboles se croisent ici.

Pour nous chrétiens, c’est comme si Notre Dame avait voulu dans ce drame délivrer au monde un message d’espérance pascale. Au-delà de la vague immense d’émotion qui a submergé notre pays, la voix de Notre Dame appelait à la foi en Jésus Ressuscité, le premier-né d’entre les morts. Elle appelait les hommes et les femmes à plonger dans la célébration de la grande traversée de Jésus, dans le grand combat de l’amour divin contre le feu du mal et de la mort, dans le passage définitif vers la lumière de la vie. Et nous voici, frères et sœurs, rassemblés en cette nuit très sainte pour célébrer dans notre église le grand mystère de la mort et de la Résurrection de Jésus.

Dans son récit de la passion, Luc raconte que devant la croix de Jésus « la foule des gens qui s’étaient rassemblées pour ce spectacle, observaient ce qui s’était passé, et s’en retournaient en se frappant la poitrine ». Devant la mort de Jésus, la plainte douloureuse des hommes s’est élevée vers le ciel. Car si Lui, Jésus, le Prince de la justice et de la paix, l’homme totalement rempli de l’Esprit d’Amour de Dieu, finit ainsi, broyé par le mal, que restait-il d’espoir pour notre humanité ? Si Jésus, Christ et Seigneur de l’univers, est définitivement vaincu par le mal, l’injustice et le péché, qui d’autre pouvait sauver l’humanité ? Il n’y a rien de plus désespérant dans l’histoire des hommes que la croix de Jésus.

Pendant deux jours, la fureur du mal a semblé victorieuse. Un terrible sentiment d’abandon s’est abattu sur les disciples. Jésus le Maître, Lui qui paraissait si fort de la puissance même de Dieu, n’a pas fait le poids devant le mal. Le cynisme et le non sens du mal finiront ils toujours par tout emporter ? Vide absolu de la mise au tombeau.

A l’aube du troisième jour, à la pointe de l’aurore, des femmes retournent au tombeau du Juste. La pierre est étrangement roulée. Elles entrent. Deux hommes en vêtements éblouissants leur annoncent : « Il n’est pas ici, Il est ressuscité ! »  Se souvenant de la promesse de Jésus, les femmes s’en vont proclamer l’incroyable nouvelle. Mais, les disciples ont bien du mal à les croire. Il faudra que Jésus le Ressuscité apparaisse vivant, au milieu d’eux, pour qu’enfin la foi nouvelle gagne leurs cœurs !

Christ est Ressuscité ! Frères et sœurs, Il est vraiment ressuscité ! Et c’est un grand bouleversement dans la vie du monde. Car, désormais, le mal et la mort n’ont plus le dernier mot de nos existences humaines. Le cynisme et la dérision du monde sont vaincus !

La Résurrection du Christ ouvre aux hommes l’avenir de Dieu. Nous étions condamnés à finir dans la mort et le néant, mais Jésus est revenu du lieu de la mort. Il est apparu à ses disciples, non pas comme un zombie ou un fantôme, mais comme un Vivant surabondant de vie, corps glorieux de Jésus. Le Ressuscité est revenu vers ses disciples leur annoncer qu’ils sont tous appelés à entrer, comme Lui, dans l’éternité rayonnante de joie et d’amour en Dieu.

Jésus, le Ressuscité de Pâques, dévoile l’avenir de l’humanité en Dieu, et il nous en montre le chemin.

« Si nous sommes passés par la mort avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui. » écrit saint Paul. Le chemin du Ressuscité vers la vie passe par la mort au vieil homme et ses égoïsmes en nous pour renaître dans la surabondante générosité de Dieu. Le chemin de Jésus nous appelle à nous laisser renouveler du dedans par l’amour miséricordieux de Jésus, cet amour divin qui a déjà tout traversé du mal et de la mort. Il nous appelle à trouver en Lui, Jésus, une nouvelle espérance pour nous engager au service de la justice, de la paix et de la fraternité. En celui qui se laisse ainsi transformer par l’amour de Jésus, la résurrection est déjà commencée ici-bas.

C’est dans le baptême et les sacrements de l’initiation que l’Eglise célèbre ce magnifique don de vie nouvelle. « Si, par le baptême dans sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, de même que le Christ, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d’entre les morts. », écrit saint Paul.

Chers catéchumènes, en cette nuit très sainte, vous allez être plongés dans l’expérience de la Pâque de Jésus qui vous fera passer de la mort à la vie. Vous allez connaître l’engloutissement du péché dans les eaux pour renaître à la vie, la vie qui déjà a passé le mal et la mort en Jésus.

Nés à la vie nouvelle d’enfants de Dieu par votre baptême, vous serez ensuite par le sacrement de la confirmation mis au monde. Par la puissance de l’Esprit Saint, vous deviendrez alors des disciples-missionnaires de l’Evangile. Vous communierez ensuite au Corps et au Sang du Ressuscité qui se donne en chaque Eucharistie dans son Eglise. En recevant régulièrement dans l’assemblée des chrétiens, la Parole, le pain et le vin de la présence du Ressuscité, vous consoliderez votre vie de baptisés-confirmés. Dans le Christ, c’est un nouvel avenir qui s’ouvre à vous par l’humble témoignage de la sainteté de l’amour, chaque jour. Ce témoignage vous conduira loin, jusque dans l’éternité de Dieu.

Frères et sœurs, le témoignage de l’Evangile n’est pas toujours facile à porter aujourd’hui. Il nous conduit parfois à poser des paroles et des gestes qui vont à contre-courant des manières du monde. S’ils veulent tenir bon, les chrétiens doivent plus que jamais nourrir leur foi dans la prière et dans la rencontre de frères et sœurs en Eglise.

Mais, en cette nuit de Pâques 2019, c’est aussi Marie, Notre Dame, qui nous fait signe. La cathédrale a failli disparaître dans l’eau et le feu. Sa vulnérabilité l’a rendue soudain encore plus aimante aux yeux du monde. Partout, des foules témoignent aujourd’hui de leur amour pour elle. Et nous sommes, nous, chrétiens, appelés à faire chorus avec elles en grandissant encore dans la foi et le témoignage de Jésus.

Puissent ces foules, en aimant Notre Dame, prendre conscience de leur destinée spirituelle. Puissent-elles renaître dans la foi en Jésus mort et Ressuscité, dont Notre Dame est la voix lumineuse au milieu de la cité, et trouver en elle le regain de l’espérance.

Frères et sœurs, que par la grâce de notre Dame, notre monde se laisse guérir de son oubli de Dieu et de son oubli des plus petits. Que nous apprenions tous de Jésus, le Seigneur Ressuscité, à vivre, en nous élevant et en rayonnant de sa charité au milieu du monde, promesse de la vie éternelle.

Amen ! Alléluia !

Monseigneur le Boulc’h
Homélie de la vigile pascale – 20 avril 2019

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